LE CAMBODGE
(du 27 janvier au 17 février 2014)
Lundi 27 janvier nous avons
laissé YOVO à la marina de Rebak, une toute petite île à côté de Langkawi, la
plus grande île de Malaisie à la frontière avec la Thaïlande, pour prendre
l’avion pour le Cambodge où nous allions retrouver dans un premier temps nos amis Marie-Christine et
Pascal et une semaine plus tard Catherine, une amie de Roanne.
Une heure de vol pour Kuala
Lumpur puis un peu moins de deux heures pour Phnom Penh et nous étions dans la
capitale du Cambodge. Aucun problème
pour avoir le visa sur place et pour atteindre l’hôtel Europe Guesthouse avec
le tuk-tuk qu’ils nous avaient envoyé.
Phnom Penh est semblable à ses sœurs d'Asie du Sud-Est, même circulation de jour comme de nuit, même fouillis de
câbles électriques au-dessus de nos têtes, mêmes trottoirs envahis de motos, mêmes bonzes partant tous les matin en quête de nourriture...
Trois
heures après, nos amis nous rejoignaient. Une bonne douche et nous sommes
allés à On the Corner, un petit restaurant sur le Sisowath Quay recommandé par
Geneviève et François d’Ultréïa qui avaient visité le pays six mois plus
tôt. Nous avons goûté à l’un des plats
traditionnels du Cambodge, le « amok », du poulet ou du poisson cuit à l’étouffé dans une feuille de
bananier, délicieux… Nous avons terminé la soirée par une balade sur la
promenade le long du Tonle Sap, la rivière qui traverse Phnom Penh. Là on peut
voir les Phnom Penhois faire de
l’aérobic au son des hauts-parleurs posés sur le sol. On peut aussi faire de la
gymnastique sur des appareils à la disposition de tous ou tout simplement sur les pelouses.
Mardi 28 janvier
La première matinée a été
consacrée à l’obtention de visas de deux mois pour la Thaïlande où nous devions
retourner pour faire changer le teck du cockpit et le plan de travail de la
cuisine. Pour une raison inconnue dans le pays on ne vous donne qu’un visa d’un
mois.
Avant de retrouver
Marie-Christine et Pascal nous avons demandé à Ka, notre sympathique chauffeur
de tuk-tuk, de nous montrer les sites principaux de la ville. Il nous a, entre
autres, emmenés dans une sorte d’île
artificielle au sud du confluent du Tonlé Sap et du Mékong où un gigantesque
projet semble en construction. Entre autres ils envisagent d’élever quelque
chose qui rappelle le Marina Bay Hotel de Singapour, en moins élégant. Ce ne
semble pourtant pas être la priorité au Cambodge où les chaussées et les trottoirs
sont défoncés, où les égoûts sont à repenser complètement pour ne citer que
cela…


L’après-midi nous avons rappelé
Ka pour qu’il nous conduise à
Ko Dach,
l’île de la Soie. Nous avons traversé le Mékong sur un bac antique et
fait le tour de l’île, toujours
en tuk-tuk fort heureusement car il faisait
très chaud.
Toutes les maisons de l’île sont construites en bois et sur pilotis
au milieu d’une végétation abondante mais recouverte de la poussière rouge des
chemins. L'île est pauvre. Les maisons sont
en plus ou
moins bon état. Toutes possèdent d’énormes jarres de poterie ou de ciment pour récupérer et
conserver l’eau de pluie. Sous toutes les maisons sont installés
de grands métiers à tisser en bois.
A Ko Dach
ils ne tissent que la soie autrefois produite sur l’île et qui vient maintenant
d’une région à cent kms au nord de Phnom Penh.
Nous nous sommes arrêtés pour voir travailler
fileuses et tisseuses.
Quatre mètres de soie sans motif se vendent 100 US$ et réaliser un tissu avec
motif prend deux fois plus de temps (5 jours et 10 jours). Le tissage de la
soie n’était pas sujet d’étonnement pour nous qui avions visité la Birmanie et
la Laos où nous avions vu des merveilles.
En revanche nous nous sommes arrêtés
dans un
atelier de confection de sortes de crêpes qui nous ont longtemps
intrigués. A force de questionner les gens, non pas ceux qui les fabriquaient
qui ne parlaient pas un mot d’anglais et n’avaient pas vraiment envie de nous
éclairer, mais un jeune homme rencontré sur le chemin, nous avons compris
qu’elles étaient faites avec le dal, une lentille dont
les indiens sont friands. Nous étions à deux
jours du Nouvel An chinois et les crêpes étaient destinées aux chinois de Phnom
Penh qui en consomment beaucoup à cette occasion. Apparemment ils mettent ces
crêpes sèches à ramollir dans du bouillon.
A notre retour à Phnom Penh nous
avons eu un autre signe que le Nouvel An chinois approchait : des jeunes
répétaient pour les fêtes dans le temple chinois proche de notre hôtel. Nous
avons regretté de ne pas être là le 31 car la représentation avait l’air
prometteuse. En particulier deux jeunes faisaient évoluer un dragon jaune avec
une adresse prodigieuse et une drôlerie expressive.
Il nous restait un peu de temps avant le repas du soir : nous en avons profité pour aller visiter le
Vat Phnom, le temple bouddhiste qui se dresse au milieu d'un petit bois sur la seule colline de la ville ( petite : 27m!) .
Le temple est très fréquenté : beaucoup y viennent prier et demander aux dieux d'exaucer leurs voeux.
Les fidèles ont de multiples façons d'exprimer ces demandes ou de remercier les dieux : ils peuvent acheter de petits oiseaux qu'ils libèrent après leur avoir murmuré leur voeu, mettre de la nourriture dans la gueule de lions de bronze (ici de la viande), apporter des fleurs de lotus très joliment présentées par les vendeurs ou encore, très traditionnellement, allumer des bâtons d'encens.
Quelques vues de l'intérieur du temple...
Le soir nous avons essayé une
autre spécialité culinaire khmer, le «
loc lak », des lamelles de boeuf en sauce
avec du riz qui nous a beaucoup moins plu que l’amok.
Mercredi 29 janvier
Départ à 7h30 pour Kep et Kampot sur la côte sud-ouest du
Cambodge. Un bus peu rutilant mais qui
nous a menés à bon port sans secousses car l’état de le route était bon.
Si nous n’avions pas eu à subir un concert de chansons pop cambodgiennes puis
un film genre Kung Fu à la télé diffusés par des haut-parleurs juste au-dessus
de nos sièges, cela aurait été parfait !
Le petit hôtel tenu par un couple
de français où nous avions réservé était
très agréable avec les chambres qui donnaient toutes sur un îlot de
verdure.
Le premier après-midi, organisation de nos trois journées dans
la région et balade le long du bord de mer. Grosse déception : il n’y a pas de
plage à Kep sinon une plage artificielle qui vient d’être créée par l’apport de
tonnes de sable ( pas encore étalé) certainement venu d’Indonésie. Ici la plupart des gens,
cambodgiens en vacances ou touristes,
s’allongent dans des hamacs
tendus au-dessus de petites
plates-formes ou à même des plates-formes de bois recouvertes d’un toit
de chaume.
Nous nous sommes d’abord demandé
ce que nous étions venus faire là et comment nous allions y occuper notre
temps. Le soir après en avoir discuté avec les patrons nous avons rapidement
trouvé de quoi nous intéresser.
Jeudi 30 janvier
François et moi ne sommes pas
privés de mer et de belles plages mais il tardait à Marie-Christine et Pascal
de se baigner. Le lendemain de notre arrivée
nous sommes donc
partis
pour
Koh Tonsay ou l’île aux Lapins dont
on vante les plages. Nous en avons fait le tour à pied, une balade facile et
très agréable, qui nous a permis de découvrir
en plus de la plage principale plusieurs petites plages où étaient
installés des familles de pêcheurs.
Ici
se pratique en particulier la pêche aux crabes que servent tous les restaurants
du coin. Nous avons pique-niqué en chemin pour finir allongés sous une de ces
plates-formes dont je viens de parler.
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Non, ce n'est pas une décharge : ce sont les flotteurs de filets de pêche! |
Comme toujours nous découvrons de nouvelles plantes
Marie-Christine et Pascal n'avaient encore jamais goûté de noix de coco, surtout à peine cueillies sur l'arbre et ils se sont régalés et de l'eau et de la chair.
Retour à l’hôtel et dîner dans un restaurant recommandé par Geneviève et François, le Kimly où nous avons mangé des crabes au poivre vert, un régal ! La région de Kep est réputée pour ses crabes et celle de Kampot tout à côté pour ses plantations de poivriers et ce plat est à la carte de tous les restaurants du coin.
Vendredi 31 janvier
Le troisième jour nous avons loué
des motos, une presque première expérience pour Marie-Christine. Nous voulions
faire
le tour du Parc National de Kep à pied mais nous l’avons pris
dans le mauvais sens. Au bout de presque deux heures nous nous sommes découragés car
c’était de la route sans le moindre arbre pour nous offrir son ombre et le
paysage était totalement inintéressant. Nous sommes revenus sur nos pas et
avons décidé de faire le tour
en moto.
Et c’est là que nous avons découvert un joli
chemin ombragé avec de beaux points de vue sur la côte ! Trop tard : nous
avions un programme chargé et il nous fallait avancer!
A l'époque des français la partie inférieure du parc national était un quartier résidentiel où les français avaient fait construire de superbes villas. Elles ont toutes été entièrement détruites par les khmers rouges à la triste renommée entre 1975 et 1979. Les cambodgiens qui nourrissent une haine profonde à l'égard des vietnamiens laissent souvent entendre que ce sont eux les responsables lorsqu'ils ont "libéré" le Cambodge. Quelle qu'en soit l'origine ces ruines offrent un spectacle désolant.
Nous sommes allés à
Kampot voir cet ancien port très actif du temps des français. Après un
bon repas ( encore et toujours des crabes au poivre vert !) dans un petit
restaurant au bord de la rivière
nous avons sillonné la ville à la recherche
des témoignages de l'époque des français, le palais du gouverneur, la prison, la
poste,
quelques bâtiments
administratifs, des maisons de ville, le Pont des Français et le cinéma.
Très drôle : la place de l’Obélisque locale s’enorgueillit... d’un gigantesque durian, ce fruit local à l'odeur pestilencielle !
La route de Kep à
Kampot est poussiéreuse, longue et épouvantable et nos fessiers en ont beaucoup
souffert !
Nous avons été bien déçus de ne
pouvoir visiter Farmlink, un des pionniers du poivre IGP ( indication
géographique protégée !) où nous espérions découvrir les secrets du séchage et
du tri des divers poivres. En effet l’usine était fermée pour cause de Nouvel
An chinois !
Retour sur Kep par la campagne cette fois-ci ...
Petit détour jusqu’au
Lac Secret qui fut
un
des grands projets d'irrigation des khmers rouges qui ont coûté la vie à des dizaines de
milliers de cambodgiens. Il sert maintenant aussi de lieu de baignade aux jeunes du coin. Ici on se baigne tout habillé!
Dernier arrêt à
l’ancien palais royal du roi Norodom Sihanouk, presque totalement à
l’abandon et squatté par une famille qui assure un tant soit peu l’entretien du
jardin. Il fut construit par Norodom Sihanouk qui admirait depuis ses terrasses
l’île de Pho Quoc que s'attribuèrent les Vietnamiens quand ils finirent par quitter le Cambodge en 199....?.
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Terrasse depuis laquelle Norodom Sihanouk passait des heures à regarder Pho Quoc dans le lointain |
Samedi 1er février
Le dernier jour nous avons loué
les services d’un guide,
Marie, une jeune belge installée au
Cambodge depuis deux ans et demi et qui nous a
fait découvrir la région en moto
et partager son amour
pour le pays et ses
habitants.
Nous étions six sur quatre motos, Marie-Christine et Pascal sur une moto, François et moi sur une autre, Marie sur sa moto personnelle et une jeune française dont j'ai oublié le nom sur une moto louée comme les nôtres. Malheureusement sa moto était une vraie calamité : très inconfortable et mal entretenue, elle lui a gâché en partie le plaisir de la balade et nous a obligés à la faire réparer en route!
Marie nous a fait prendre de délicieux petits chemins dans la
campagne et nous avons pu voir les gens dans leurs activités de tous les jours...
Quand on quitte la route bitumée pour accéder aux chemins de campagne on passe sous de grandes arches à la décoration riche et variée qui rappelle celle des temples bouddhiques dont elles sont certainement l'annonce.
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Ici on voit très bien réservoir d'eau en ciment |
Comme les indonésiens de Kalimantan ( le Bornéo indonésien) les cambodgiens ont été sollicités par les chinois pour bâtir des immeubles pour que les martinets viennent y construire leurs nids, nids qu'ils achètent au prix fort les deux premières années puis à des prix dérisoires. Une belle arnaque sans parler du manque d'esthétique de ce bâtiments!
A un moment de la journée Marie nous a donné des masques pour continuer la route. Ils se sont avérés indispensables. En effet la latérite était tellement volatile qu'il était difficile de respirer. Nous nous sommes d'ailleurs demandé comment les arbres de part et d'autre des chemins faisaient pour survivre : il étaient en effet recouverts d'une épaisse couche de poussière rouge, jusqu'à trois ou quatre mètres de hauteur et sur une bonne vingtaine de mètres de profondeur... Heureusement la saison des pluies allait remédier à tout cela!
Nous sommes allés voir les paludiers travailler dans les marais salants qui sont
nombreux dans la région...
Marie nous a aussi fait découvrir
la "vraie" plage de Kep au niveau d'un beau village sous de hauts cocotiers...
Nous sommes arrivés tout près de la frontière du Vietnam où Marie voulait nous montrer des
troupeaux de buffles ( nous sommes même arrivés dans une
ferme quelques minutes après la naissance d’un bébé buffle !)...
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Marie nous avait prévenue que les buffles du Cambodge pouvaient être agressifs et d'ailleurs à deux reprises nous avons dû modifier notre route pour ne pas les déranger. Celui-ci n'a pas l'air aimable du tout! |
Nous avons terminé la balade par la visite d' une plantation de poivriers. Le
poivre de Kampot
(autrefois Kep faisait
partie de Kampot) a une réputation internationale : tous les grands cuisiniers
l’utilisent de préférence à tout autre. Chose que nous ignorions, le poivre
vert, le poivre noir, le poivre blanc et le poivre rouge proviennent de la même
plante : seul varie le moment de la cueillette et le traitement. Le poivre vert
est cueilli quand il est mûr mais encore vert et s’utilise uniquement
frais. Le poivre vert si on le laisse arriver
à maturité sur la plante devient rouge et acquiert un parfum différent ; il est
ensuite séché. Le poivre noir est du poivre
que l’on fait sécher au soleil alors qu’il est presque à maturité et le
poivre blanc est du poivre aux fruits mûrs débarrassés de leur écorce dans de
l’eau. Tous ont un parfum différent. Quant au poivre rose, tout ce que nous
avons pu savoir est qu’il n’est pas produit à partir des plants que nous avons
vus.
La plantation vue d'une hauteur...
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Les arbustes sont sous des ombrières pour les protéger des ardeurs du soleil |
La plantation sous l'ombrière...
Avec Marie nous avons fait près
de cent kilomètres mais comme nous nous arrêtions souvent cela n’a pas été
physiquement trop difficile sauf pour l'autre française avec sa moto-catastrophe! Sa réparation chez des cambodgiens que Marie connaissait bien nous aura permis de passer quelques moments agréables dans cette famille très sympathique.
Au Cambodge nous avons souvent eu l'occasion de prendre des photos des enfants. Dès qu' ils voient des touristes ils font de grands signes amicaux et ils sont toujours extrêmement souriants. Les parents encouragent d'ailleurs les tout-petits à saluer les touristes. Les photos d'enfants de nos articles sur le Cambodge, entre autres celles qui suivent, proviennent tantôt de nous tantôt de l'un de nos amis, en particulier de Pascal qui en a réussi de très belles. Nous les en remercions.
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Bien sûr il y a toujours, comme partout, de petites timides bien mignonnes |
Marie s’est fait beaucoup d’amis au Cambodge, des
gens de tous les âges dont elle parle la langue et dont elle connait bien la
vie et l’histoire et chaque arrêt était l’occasion de partager avec nous ses
connaissances.
Une balade particulièrement
intéressante donc que nous n’aurions jamais pu faire seuls! Je dirais que cela
a été le clou de notre séjour à Kep-Kampot.
Le lendemain, dimanche 2 février, nous reprenions le bus pour Phnom Penh où nous allions retrouver Catherine, notre amie de Roanne. Avec elle nous allions visiter le site d'Angkor.
Ce sera l'objet de notre prochain article.