Après les quinze jours de traversée depuis les îles Cocos Keeling nous
sommes arrivés à Port Mathurin assez épuisés, aussi, après les formalités qui
ont été assez rapides, avons nous dormi pendant plusieurs heures! Les douaniers
nous avaient demandé de nous mettre à couple de HUAHINE, le catamaran de Alain
et Patrick rencontrés aux Cocos Keeling.
Il y avait en effet déjà beaucoup de bateaux dans ce tout petit port et nous ne
pouvions pas mouiller avec notre guindeau aux trois-quarts arraché. De plus les douaniers préféraient que nous soyons le long du quai : plus facile pour eux!
Nous avons
retrouvé là les bateaux rencontrés aux Cocos et partis un jour ou deux avant
nous, TAHINA de Franck et … et GRYPHON II de Chris et Karen et nous avons fait
la connaissance d’autres bateaux aux équipages bien sympathiques, ce qui
faisait que l’ambiance au port était des plus conviviales.
L’île
de Rodrigues fait partie, avec Maurice et la Réunion, des Iles Mascareignes.
Avec ses 18km de long sur 6,5 km de large c’est la plus petite des trois. Elle
se situe à 600km au nord-est de l’île Maurice dont elle fait toujours partie
bien qu’elle soit autonome sauf pour ce qui est de la police et de l’armée.
Avec
ses 38000 habitants sa population ne représente que 3% de la population mauricienne
dont elle est très différente en ce sens qu’elle est composée d’un mélange
entre les « Noirs », descendants des esclaves, largement
majoritaires, et les « Rouges », ( à cause de coups de soleil !
), descendants de français. Maurice est,
elle, à 70% d’origine indienne. Les
rodriguais n’aiment d’ailleurs pas beaucoup les mauriciens et se sentent plus proches
des réunionnais ou encore plus des seychellois. Lors du référendum de 1967, si
les mauriciens ont voté à 54% pour l’indépendance, 90% des rodrigais avaient
voté « non » à cette scission d’avec le Royaume Uni.
Rodrigues
est pour notre bonheur une île encore très préservée du tourisme de masse et de
l’urbanisation. Ses dirigeants en sont bien conscients et font tout ce qui est
en leur pouvoir pour qu’elle le reste. Bénéficiant d’un régime d’autonomie cela
leur est possible. Ici, pas ou peu de grands hôtels et pas d’immeubles de plus
de trois étages. Les touristes qui viennent ici recherchent la beauté de ses
paysages mais surtout son calme, sa simplicité, le contact avec une population
gentille, souriante, toujours prête à tailler une petite bavette. Tous parlent
français, très bien d’ailleurs, mais il est évident que le créole est leur
langue de prédilection, un créole très différent de celui de la Réunion.
Port
Mathurin, la capitale de l’île et son
seul port, se trouve sur la côte nord.
Le
port est en plein centre ville. Autrefois, quand le cargo Mauritius Pride
arrivait et que les rodrigais avaient le droit de venir y accueillir leurs
parents et amis, il y régnait une activité fébrile. De nos jours le port est
fermé et il faut montrer patte blanche pour y entrer et en sortir. Nous y
étions donc au calme et nos bateaux en sécurité. Le capitaine du port et tout le personnel sont charmants mais rien n'est prévu pour les plaisanciers, ni toilettes ni douches, juste un réservoir d'eau douce, de l'eau de pluie.
Coucher de soleil depuis le bateau...
Port Mathurin est une toute petite ville très animée. S’y trouvent tous les services administratifs et les banques, des pharmacies, un syndicat d’initiative, un hôpital, une gare routière, les deux ou trois supermarchés de l’île et toutes sortes de petites boutiques spécialisées ou au contraire offrant à la vente un peu de tout.
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L'accès au mouillage très restreint et au port |
A marée basse on ne voit que les mâts des voiliers et il est bien difficile de monter sur le quai! |
Coucher de soleil depuis le bateau...
Port Mathurin est une toute petite ville très animée. S’y trouvent tous les services administratifs et les banques, des pharmacies, un syndicat d’initiative, un hôpital, une gare routière, les deux ou trois supermarchés de l’île et toutes sortes de petites boutiques spécialisées ou au contraire offrant à la vente un peu de tout.
La
« Résidence », l’ancienne demeure du gouverneur d’antan, est encore
visible et bien conservée tout comme le beau canon qui en garde l’entrée.
Quelques maisons de type créole, parfois très belles et bien entretenues, le plus souvent cachées au fond de leurs jardins, se rencontrent ici et là.
Sur les murs parfois des peintures...
Il y a un petit marché tous les jours mais c’est le samedi qu’il faut y aller pour admirer les étals chargés de fruits et de légumes appétissants.
Autour du marché quelques stands supplémentaires dont ceux des vendeurs de vannerie et celui, très connu, de Marylou Augustin qui confectionne de délicieuses tourtes rodrigaises fourrées de pâte de coco, papaye, mangue, limon ou ananas. Ce samedi-là nous avions invité à dîner une dizaine d’autres navigateurs pour fêter l’anniversaire de François et ses tourtes nous étaient apparues comme le dessert idéal.
Le poisson, le poulet, le bœuf, la chèvre se vendent dans de petites boutiques entièrement carrelées installées à deux pas de là.
Les rues de Port Mathurin sont très animées, les maisons, et notamment les boutiques, peintes de couleur vives. Les mannequins des magasins de vêtements sont d’une autre époque.
Il y a un petit marché tous les jours mais c’est le samedi qu’il faut y aller pour admirer les étals chargés de fruits et de légumes appétissants.
Autour du marché quelques stands supplémentaires dont ceux des vendeurs de vannerie et celui, très connu, de Marylou Augustin qui confectionne de délicieuses tourtes rodrigaises fourrées de pâte de coco, papaye, mangue, limon ou ananas. Ce samedi-là nous avions invité à dîner une dizaine d’autres navigateurs pour fêter l’anniversaire de François et ses tourtes nous étaient apparues comme le dessert idéal.
Le marché vu de la gare routière |
Le poisson, le poulet, le bœuf, la chèvre se vendent dans de petites boutiques entièrement carrelées installées à deux pas de là.
Les rues de Port Mathurin sont très animées, les maisons, et notamment les boutiques, peintes de couleur vives. Les mannequins des magasins de vêtements sont d’une autre époque.
Vus aussi en ville...
On nous avait prévenus mais nous ne nous
attendions pas à un tel contraste : à 16h, de gai et vivant, Port Mathurin
devient totalement mort : en effet tout s’arrête et chacun rentre chez
soi ! Plus un chat dans les rues !
Sir Ben nous a conseillés d’aller au night-club « les Cocotiers » un dimanche
après-midi. S’y retrouvent chaque semaine des couples pas très jeunes mais passionnés
de danses traditionnelles. Ils
virevoltent l’air très sérieux et enchaînent, pleins d’énergie, le kotis (
scottish), le mazok ( mazurka), la polka, le laval ( valse), le séga accordéon
et le séga tambour, toujours très en faveur dans l’île. Trois musiciens emmenaient les danseurs, l'un jouait de l'accordéon, le second d'un tambour séga et le troisième marquait le rythme avec un triangle. Nous avions
l’impression d’être retournés cent ans en arrière : c’était étonnant, et
je dois dire, très distrayant. D’après Sir Ben nous sommes partis trop tôt, avant
l’arrivée des jeunes qui eux aussi s’intéresseraient aussi à ces danses. Bien qu'invités à nous joindre à eux nous sommes restés spectateurs!
Après
nous être reposés et avoir pris nos marques à Port Mathurin nous avons loué
pour deux jours une voiture avec Jean-Pierre et Guy et nous sommes allés
visiter l’île.
Nous sommes allés de Port Mathurin à la Pointe Coton avec arrêts divers en route pour découvrir l’intérieur de l’île, ses vallées profondes, ses cultures en terrasses et sa végétation luxuriante, admirer la côte depuis les hauts et voir les différents sites marquants.
Nous sommes allés de Port Mathurin à la Pointe Coton avec arrêts divers en route pour découvrir l’intérieur de l’île, ses vallées profondes, ses cultures en terrasses et sa végétation luxuriante, admirer la côte depuis les hauts et voir les différents sites marquants.
Lors
d’un de ces arrêts une dame nous fait signe d’aller voir « Rose
Pontié », du moins est-ce ce que nous avions compris. Impossible de
trouver quoi que ce soit à ce sujet dans notre guide. Finalement nous nous
sommes rendu compte qu’il s’agissait de « Roche Bon Dieu » prononcé à
la créole ! L’ énorme rocher serait, selon la légende, tombé du ciel et les
habitants du coin viennent y prier.
La Pointe Coton...
Plus on se rapproche de la pointe Coton plus le paysage se désertifie...
La Pointe Coton...
Nous avons laissé la voiture à Saint François et avons suivi à pied la magnifique côte nord-est jusqu’à un peu avant l’anse Graviers où nous avons rebroussé chemin. Nous y étant rendu en voiture c’était la seule option ! S’y succèdent des plages plus belles les unes que les autres, la crique de Fumier, le Trou d’Argent, l’anse Bouteille...
Il n'y avait pas de vent : je me protège seulement du soleil! |
En chemin nous y avons vu une étrange plante sauvage aux feuilles hérissées d’épines.
De retour à Saint-François nous sommes retournés au centre de l’île pour prendre la magnifique route de Port Sud-Est et ses somptueuses vues sur le lagon et l’île de l’Ermitage.
Le
lendemain, balade dans le centre et le sud de l’île. Au centre de l’île et au
carrefour des toutes les routes la desservant se trouve le village de Mont
Lubin et le point culminant, le Mont Limon.
Arrêt
au Jardin des Cinq Sens, qui présente un panel de la flore endémique de l’île.
Rien d’exceptionnel : il faut dire que, ayant vécu six ans à la Réunion dans
les années 80 et venant d’Asie du Sud-Est nous étions déjà familiers avec
toutes ces plantes et senteurs. De plus ce jardin est récent ( deux ans environ) : les plantes sont toutes jeunes et encore peu développées.
Puis arrêt à l’église de Saint-Gabriel construite entre 1936 et 1939 par les paroissiens eux-mêmes en blocs de pierre volcanique. De taille étonnante pour ce petit village : elle peut contenir 2000 personnes ! L’intérieur, très sobre, était en réfection.
En attendant l'ouverture |
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On commence à voir ces étranges plantes chez nos fleuristes |
pamplemoussiers pays |
alamandas à fleurs roses, plus rares que les jaunes |
Nous n'avions jamais remarqué que les jeunes vacoas poussaient en spirale |
Puis arrêt à l’église de Saint-Gabriel construite entre 1936 et 1939 par les paroissiens eux-mêmes en blocs de pierre volcanique. De taille étonnante pour ce petit village : elle peut contenir 2000 personnes ! L’intérieur, très sobre, était en réfection.
Le
clou de notre journée a été la visite de la réserve François Leguat, résultat
d’un beau projet d’écotourisme soutenu par le domaine de La Vanille à Maurice
et le Mauritian Wildlife Foundation qui tente de recréer le paysage et la faune
de l’île avant l’arrivée des colons. Pas de "solitaire" bien sûr,
l’équivalent rodrigais du "dodo" réunionnais qui comme lui ne pouvait ni voler
ni se déplacer facilement et a rapidement été décimé par les navigateurs
hollandais qui venaient se ravitailler sur l’île. Il n’en reste que quelques
rares squelettes. Les dessins ou statues qui le représentent montrent un animal bien différent du "dodo", moins dodu, plus haut sur pattes et avec une petite tête au bout d’un long cou.
Si les tortues ont subi le même sort, des cousines ont pu être introduites à leur place dans l’île, deux espèces en particulier, la Radiata en provenance de… ( j'ai oublié!) et l’Aldabra venue des Seychelles, des îles proches. Vu leur nombre, un millier, leur état de santé et leur taux de reproduction il est évident qu’elles se plaisent dans leur nouvelle patrie ! Il y en a de tous les âges et de toutes les tailles. Ce qui est extraordinaire pour le touriste c’est qu’un bon nombre viennent vers eux se faire caresser le cou ! Elles sont très surveillées, soignées si nécessaire, et vivent dans deux grands canyons arborés et très verdoyants où elles sont en semi-liberté et où elles peuvent trouver la nourriture qui leur convient.
Les Radiata...
Cette réserve s'occupe aussi de chauve-souris géantes en voie de disparition...
Nous y avons aussi rencontré, mais eux ne sont pas en voie de disparition, de magnifiques dindons!
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Statue représentant le solitaire à Port Mathurin |
Si les tortues ont subi le même sort, des cousines ont pu être introduites à leur place dans l’île, deux espèces en particulier, la Radiata en provenance de… ( j'ai oublié!) et l’Aldabra venue des Seychelles, des îles proches. Vu leur nombre, un millier, leur état de santé et leur taux de reproduction il est évident qu’elles se plaisent dans leur nouvelle patrie ! Il y en a de tous les âges et de toutes les tailles. Ce qui est extraordinaire pour le touriste c’est qu’un bon nombre viennent vers eux se faire caresser le cou ! Elles sont très surveillées, soignées si nécessaire, et vivent dans deux grands canyons arborés et très verdoyants où elles sont en semi-liberté et où elles peuvent trouver la nourriture qui leur convient.
Les Radiata...
Cette réserve s'occupe aussi de chauve-souris géantes en voie de disparition...
Nous y avons aussi rencontré, mais eux ne sont pas en voie de disparition, de magnifiques dindons!
Retour
sur Port Mathurin pour monter jusqu’à la croix qui domine le port avant la
tombée de la nuit. Belle vue sur la ville, le port et les villages alentour.
On voit très bien le port, les mâts des voiliers et TAHINA, seul bateau au mouillage |
Quelques
jours après, grande balade dans le nord de l’île, en bus et à pied cette
fois-ci. Un bus nous a conduits à Baladirou par l’intérieur des terres en
faisant un grand détour et en s’arrêtant tous les cinq cents mètres. Nous qui
pensions suivre la côte !!! Jolie balade qui nous a fait contourner l’Anse
aux Caves, passer par Caverne Probert, l’Anse aux Anglais et Pointe Vénus. C’est
la zone la plus touristique de l’île même si les conditions de baignade n’y
sont pas idéales : eau peu profonde à marée haute et pas d’eau du tout à
marée basse ! Au loin nous avons vu quelques « piqueurs » (= pêcheurs)
d’ « ourites » (Rodrigues et Maurice) ou « zourites »
( Réunion), nom de la pieuvre dans cette zone du monde. La surpêche, l’érosion
des sols et l’envasement de leurs lieux de vie ont fait qu’elles se font rares
maintenant. De plus cette activité,
séculaire, détériore le corail qui met des années à se reconstituer. La
Commission de l’Environnement a donc et fort heureusement pris des mesures en
2012 ( interruption de deux mois pendant la période de pêche) pour pallier ce
problème.
Piqueurs de zourites en plein travail |
Zourites mises à sécher |
a droite un pêcheur de zourite marchant sur le plagier |
En chemin on rencontre des panneaux exhortant les passants à respecter la propreté de l'île... en créole bien sûr ( à lire à haute voix)...
Rodrigues
est réputée pour ses randonnées et aussi pour la plongée mais étant donné que nous
étions en hiver nous ne nous sommes même pas renseignés sur les sites !
Pour
finir, j’y faisais allusion plus haut, c’est à Rodrigues que nous avons fêté
les 67 ans de François en compagnie de Jean-Pierre et Guy son équipier (ALIBI),
de Fiona, Chris et Toby (THREE SHIPS) et d'Alain et Patrick ( HUAHINE). Une
soirée bien sympathique et bien arrosée ( François avait fait quelques jours à l’avance son punch planteur
maison) où les problèmes de langue n’ ont pas empêché de beaux échanges. Incroyable mais malheureusement vrai, François n'a pour ainsi dire pas été pris en photo!!! C'est à peine si on l'aperçoit dans un petit coin...
D'avant en arrière, à gauche, Guy, Chris, Fiona et Jean-Pierre, à droite Patrick, Toby et Alain |
Si vous allez à la Réunion ou à Maurice et si vous aimez le calme, une vie simple, proche de la nature, le contact de gens sympathiques, la mer, le snorkelling et la plongée ( en période chaude peut-être)... prévoyez d'aller passer quelques jours à Rodrigues. Et, s'il n'y a pas de bars branchés où l'on vous servira des cocktails élaborés vous pourrez quand même vous régaler dans les quelques restaurants de Port mathurin et de ses alentours.
Notre prochain article portera sur Maurice et la Réunion.
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